Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, a accordé un entretien à France 24 dans lequel il a réaffirmé son engagement à lutter contre l’impunité en République démocratique du Congo (RDC). Depuis octobre 2023, la CPI a renouvelé son enquête sur les allégations de crimes commis dans le Nord-Kivu, une province de l’est du pays en proie à des violences persistantes.
Des crimes « des plus graves »
Les combats entre les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, et l’armée congolaise se sont intensifiés depuis 2022. Karim Khan qualifie les allégations de crimes contre des civils dans le Nord-Kivu de « des plus graves ». Selon la Première ministre congolaise, Judith Suminwa Tuluka, environ 7 000 personnes sont mortes depuis l’offensive du M23 début 2025.
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Une impunité de longue date
Le conflit dans l’est de la RDC remonte aux années 1990. « Depuis des décennies, nous essayons de lancer une nouvelle approche pour combler ce fossé d’impuné », explique Karim Khan. Il souligne la nécessité d’une réponse holistique pour mettre fin aux cycles de violence.
Pas seulement le M23
Les accusations ne se limitent pas au M23. Une centaine de groupes armés opèrent en RDC, dont les Forces démocratiques alliées (FDA), un groupe ougandais actif depuis 1995. « Il s’agit de couper l’herbe sous le pied des seigneurs de guerre qui terrorisent des milliers de civils », affirme Khan.
Le rôle du Rwanda
Le président rwandais Paul Kagame est accusé par les Nations unies et plusieurs pays occidentaux de soutenir le M23 et d’avoir déployé des soldats rwandais en RDC. Interrogé sur les leviers dont dispose la CPI face à Kagame, Karim Khan reste évasif :
« Je ne vais pas révéler le contenu de mes échanges avec lui. Mais nous avons un mandat pour tout crime commis sur le territoire congolais, qu’il soit le fait d’entités étatiques ou non. »
Une justice basée sur des preuves
« Nous nous fondons sur des preuves scientifiques. Si ces preuves montrent que des individus ont commis des crimes, nous agirons », insiste Khan. Il dénonce les situations de « Far West » dans certaines régions du monde et rappelle que la loi doit s’appliquer à tous.
Des mandats d’arrêt controversés
La CPI a émis des mandats d’arrêt contre des figures politiques de premier plan, comme le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président russe Vladimir Poutine. Ces actions ont valu à Karim Khan des sanctions des États-Unis et un mandat d’arrêt en Russie.
Malgré ces défis, Khan reste déterminé. « Nous multiplions les efforts pour appliquer la loi malgré le climat hostile auquel nous sommes confrontés », conclut-il.